La bête 8


21h12 précise, Papa Crevette revient de la « corvée » jardin, la mine apeurée, un mouchoir au bout des doigts.

Il s’approche de moi et me dit encore essoufflé : « Regarde ce que je viens de retirer de mon épaule ».

Il me tend le mouchoir. Au milieu se dandine une petite bête noire avec d’infimes reflets rougeâtres.

La bête gesticule. Je la regarde et questionne Papa Crevette, effrayée : « C’est une tique ? » . Il répond, livide : « On dirait bien, non ? »

Je vous explique : depuis quelques semaines nous avons appris la recrudescence de tiques dans la région. Cet insecte parasite est accusé de transmettre certaines infections comme la maladie de Lyme. La bête a la particularité de rester accrochée à la peau. Autant vous dire que nous ne sommes pas du tout tranquille avec ça. L’idée qu’un corps étranger d’origine animal (oui je précise) s’immisce dans notre anatomie est absolument ignoble et effrayante.

Je me renseigne, inquiète : « Mais comment l’as-tu enlevée ? »
Papa Crevette : « Elle n’a opposé aucune résistance, je l’ai attrapée délicatement, et regarde, elle est vivante ».

En effet, bien qu’un peu sonnée, elle se trémousse entre les plis du mouchoir en papier.

Je tape frénétiquement « tique » sur google, clique sur « images » et procède à un examen minutieux de l’animal pour être sûre qu’il s’agit bien d’une tique. La bête est docile et se laisse observer.

Noire, reflets rouges, de forme ovoïde… oui… il est fort probable que ce soit ça… mais quand même, celle là est un peu plus « ronde » que sur les images de « gougl » (dixit ma grand mère). Après tout, même nous humains avons nos particularités : j’ai bien un gros pif, pourquoi cette tique n’aurait pas un plus gros abdomen que d’autres de ses congénères hein ?

Papa Crevette, bien que toujours inquiet, se décide à relâcher la méchante petite bête. Il me suggère quand même de la prendre en photo pour la montrer à des spécialistes de la tique. Seuls eux savent… seuls eux détiennent la vérité ! Nous ne sommes que des communs des mortels face à ces insectes envahisseurs.

Il prend délicatement le mouchoir – mon homme ne ferait pas de mal à une tique.

Il s’approche de la fenêtre, déplie lentement la prison de papier pour laisser s’échapper l’insecte…

et là….

la tique déploie ses ailes…

Coccinelle, coccinelle, petit veau du seigneur,
Qui apporte la chance et qui vit dans les fleurs,
Coccinelle, c’est utile, ça fait fuir les pucerons,
Et puis c’est la promesse que le vin sera bon.*

 

* « Coccinelle » de Thomas Fersen


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8 commentaires sur “La bête